Il existe, quelque part sur YouTube, une chanson dédiée à Turquant. Paroles, musique, vidéo : tout est signé d’une seule et même personne. Une habitante du village, qui a posé son regard et son cœur sur ces ruelles de tuffeau et sur la Loire qui les borde, et qui en a fait un chant d’amour. Vous pouvez rêver là : https://youtu.be/LNhWT1lR1Ew?is=kpM84vlXUatZhBLY

Son nom : Naz Oke.

D’Istanbul à l’Anjou

Naz Oke est née à Istanbul en 1961. Après des études aux Beaux-Arts d’Istanbul puis en journalisme et relations publiques à l’Université de Marmara, elle s’installe en France en 1986. Depuis 2006, elle vit à Turquant, dans le Saumurois, et s’y est enracinée au point de se définir elle-même comme « ligérienne de cœur ». Un détour par l’histoire de l’art à Rennes complète un parcours résolument éclectique, entre journalisme, graphisme et création artistique.

Ce genre de trajectoire pourrait sembler atypique. Elle est en réalité assez révélatrice d’un phénomène trop souvent ignoré : nos villages accueillent, sans bruit, des parcours d’une richesse insoupçonnée, et ces nouveaux arrivants finissent par tisser des liens profonds avec le territoire qui les a accueillis.

Une plume au service des droits humains

Naz Oke n’est pas seulement journaliste de formation, elle l’est restée dans les faits. En 2014, elle fonde le webmagazine Kedistan, consacré à l’actualité de la Turquie et du Kurdistan, à la défense des droits humains et au sort des peuples et des minorités opprimées dans cette région du monde. Le nom du magazine, qui signifie littéralement « pays des chats » en mêlant le turc et le kurde, donne le ton : un regard libre, qui refuse les frontières comme les œillères.

Cet engagement de longue date pour la défense des libertés et des cultures menacées éclaire, par ricochet, sa manière de regarder Turquant. Celle qui défend ailleurs un patrimoine humain et culturel fragile porte naturellement la même attention à un petit village de pierre blanche niché dans le val de Loire.

Le pinceau, l’autre langage

Depuis 2017, Naz Oke travaille aussi en collaboration avec l’artiste, autrice et journaliste kurde Zehra Doğan. Dans son travail personnel, elle compose de petites œuvres en aquarelle, feutre, encre ou collage, volontiers à partir de matières de récupération. Chacune de ces compositions s’ouvre, dit-elle, comme une fenêtre sur un petit conte. Une manière supplémentaire de raconter le monde, en complément de la plume.

Un chant d’amour pour Turquant

C’est dans ce parcours déjà riche que s’inscrit la chanson dédiée à Turquant. Naz Oke en a écrit le texte, composé la musique, et réalisé la vidéo qui l’accompagne. Le résultat est un véritable chant d’amour au village.

Dans l’un des passages, elle décrit le village qui semble s’éveiller dans la pierre blanche du tuffeau, comme bercé par le soleil. La Loire y est évoquée en miroir, dessinant les rivages alentour, tandis qu’à l’ombre, un artisan façonne patiemment son ouvrage dans la roche. On y retrouve, en quelques images, tout ce qui fait l’âme de Turquant : la pierre, la lumière, le fleuve, et le geste discret de ceux qui, depuis des générations, travaillent le tuffeau.

Ce n’est pas une carte postale. C’est le regard de quelqu’un qui a choisi ce village, qui y vit, et qui a voulu le lui rendre en chanson.

Des talents venus d’ailleurs qui enrichissent les nôtres

L’histoire de Naz Oke dit quelque chose de plus large que son seul parcours. Nos villages, nos campagnes, accueillent depuis toujours des femmes et des hommes venus d’ailleurs, qui apportent avec eux une culture, une sensibilité, un regard différent, et qui choisissent d’en faire don au territoire qui les accueille plutôt que de rester en retrait.

Ces rencontres entre patrimoines ne s’opposent pas, elles se mêlent. Le tuffeau de Turquant et les ruelles d’Istanbul n’ont a priori rien en commun, et pourtant l’une a su chanter l’autre avec une justesse et une tendresse qui parlent à tous. C’est précisément cela, la richesse d’un territoire vivant : sa capacité à accueillir, à mélanger, sans jamais se dissoudre. La défense d’un patrimoine local et la défense des libertés et des cultures menacées ailleurs dans le monde ne sont, au fond, que les deux faces d’un même attachement, celui qu’on porte à ce qui mérite d’être préservé, raconté et transmis.

Pour finir, une petite confession

Je dois avouer une légère vexation. Lorsque j’ai préparé Maine-et-Loire Autrement, j’ignorais cette histoire magnifique. Une habitante de Turquant, journaliste engagée, artiste, et désormais autrice d’un chant d’amour pour son village d’adoption, méritait amplement sa place dans cet ouvrage. Ce sera pour une prochaine fois, ou pour cet article, en guise de réparation.

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