Deux-Sèvres : l’âme poitevine
Les campagnes ont leur manière bien à elles de raconter les peurs. Dans les Deux-Sèvres, les galipotes hantent encore l’imaginaire, silhouettes changeantes, bêtes errantes, femmes métamorphosées. Ce sont des esprits d’autrefois, mais je crois qu’ils n’ont jamais complètement quitté les talus, les sous-bois, les bords de chemins déserts.
Je leur ai donc consacré un article dans mon livre « Les Deux-Sèvres Insolites », car ces créatures populaires résument à elles seules une époque, une ambiance, une culture orale en train de disparaître. À travers elles, c’est une part de l’âme poitevine qui remonte à la surface.
Le mystère des galipotes
On les entend avant de les voir. Parfois des sabots, parfois des gémissements, parfois rien. Les galipotes ne se laissent pas attraper : elles prennent la forme d’un chien noir, d’une truie blanche, d’un homme sans tête ou d’une vieille courbée.
Ce sont des créatures de la nuit, surgies des superstitions rurales, métaphores des peurs paysannes qu’on se racontait à la veillée. Mais elles sont aussi un concentré de ce que j’aime dans le patrimoine local : un mélange de merveilleux, de traditions orales, d’humour parfois grinçant.

Dans les villages des Deux-Sèvres, comme à Ardin, on m’a raconté des histoires de galipotes comme si elles étaient arrivées la veille. Même les plus sceptiques finissent par tendre l’oreille, car ces récits contiennent toujours un petit doute, un frisson, un mystère.
Un extrait de l’article…
« Incarnation diabolique, la Galipote peut prendre différentes formes comme, par exemple, un loup blanc rôdant sous la lune. Et, autrefois, la galipote prenait un malin plaisir (c’est le cas de le dire !) à briser les relations de voisinage qui s’établissaient lors des veillées, puisqu’elle attendait ceux qui en sortaient tard le soir, pour les attaquer. Peu à peu, la télévision remplaçant les veillées, les galipotes ont disparu… mais vers 1990, on a revu des choses étranges… alors, on a tracé un circuit, et on a décidé d’aller voir de plus près, la nuit… mais on a également décidé que, pour reposer et encourager les courageux marcheurs, ils trouveraient de très bonnes choses à manger et à boire à chaque étape ! »

Ce sont environ 3 000 courageux qui, chaque année, cherchent les galipotes — sans jamais les trouver — en une randonnée nocturne particulièrement festive !
Folklore joyeux !
Encore un exemple de folklore vivant, et fragile. Ce sont des histoires transmises sans livre, sans archive, mais qui ont bercé plusieurs générations. Les galipotes sont un prétexte à raconter l’ambiance nocturne de la campagne des Deux-Sèvres, les peurs qui prennent racine dans les bruissements du vent et les craquements du bois. Ce sont aussi des éclats de mémoire populaire qui, aujourd’hui, servent de support à des manifestations locales particulièrement joyeuses !
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