On regarde toujours les vitraux de la même façon : de loin, la tête renversée, dans la pénombre d’une église, en essayant de deviner qui est ce personnage tout là-haut. Puis on baisse les yeux, parce que la nuque fatigue, et on passe à autre chose. À Troyes, quelqu’un a eu l’idée simple de les mettre à hauteur des yeux.
Une ville qui est une capitale du vitrail
Ce n’est pas un hasard si la Cité du Vitrail se trouve en Champagne. L’Aube conserve à elle seule plus de neuf mille mètres carrés de verrières, du XIIe siècle à nos jours, ce qui en fait l’un des territoires les plus riches d’Europe dans ce domaine. Troyes avait ses ateliers, sa tradition, ses dynasties de maîtres verriers, et l’on y fabrique encore du vitrail aujourd’hui.
Un hôtel-Dieu transformé en écrin
La Cité a ouvert en 2022 dans l’Hôtel-Dieu-le-Comte, un bâtiment du XVIIIe siècle dont les grilles dorées bordent le canal. Les verrières y sont présentées debout, à la hauteur d’un visiteur, et rétroéclairées.
Le résultat est saisissant. On voit les traits de peinture posés au pinceau sur le verre, les retouches, les plombs qui dessinent, les bulles emprisonnées dans la matière, les épaisseurs différentes qui font varier la couleur. On voit le travail de l’artisan, ce que huit mètres de hauteur nous avaient toujours caché.
Huit siècles en une visite
Le parcours va des panneaux médiévaux aux créations contemporaines, et cette continuité est l’autre bonne idée du lieu : on comprend que le vitrail n’est pas un art mort, rangé avec les cathédrales, mais une technique toujours pratiquée, qui a traversé le Moyen Âge, la Renaissance, le XIXe siècle et les commandes publiques d’aujourd’hui.
On y apprend aussi les gestes : la grisaille, le jaune d’argent découvert au XIVe siècle, la mise en plomb, la cuisson. De quoi regarder ensuite les églises du secteur d’un tout autre œil, ce qui tombe bien, car elles sont nombreuses.
Bon à savoir
Comptez une heure et demie à deux heures. Le lieu est accessible aux personnes à mobilité réduite, et la ville ancienne de Troyes, avec ses maisons à pans de bois et sa ruelle des Chats, prolonge très agréablement la visite.
Faut-il s’y connaître pour apprécier ?
Absolument pas, et c’est tout l’intérêt du parti pris : la beauté se voit immédiatement, et l’explication vient ensuite, si on la veut.
Peut-on y aller avec des enfants ?
Oui, la mise en scène lumineuse fonctionne très bien sur eux. Les scènes médiévales, avec leurs dragons et leurs supplices, se chargent du reste.
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