C’est 1971. On est chez Mamikey. Une maison, une enfance, une présence. Jean-Vincent Voyer ouvre son livre Parce que c’est possible ! avec ce tableau : un souvenir d’enfance de Laurence, pas de grande importance en apparence, mais d’une précision qui dit déjà beaucoup sur qui elle est.
Les premières pages du livre posent un décor. Pas une chronologie linéaire, pas un curriculum vitae. Une série de scènes, datées, qui ressemblent à des photographies retrouvées dans un album : 1971 chez Mamikey, 1973 les doudous, 1978 Anonyme 16, 1981 Muriel et les moutons pensifs. Autant d’instants qui, mis bout à bout, dessinent la silhouette d’une enfant, puis d’une adolescente, puis d’une adulte qui saura exactement ce qu’elle veut faire.
Pourquoi l’enfance compte
On comprend rarement, sur le moment, pourquoi certaines expériences d’enfance comptent plus que d’autres. Ce n’est que plus tard, quand on regarde en arrière, que la logique apparaît. L’auteur fait ce travail de regard rétrospectif : il relit l’enfance de Laurence à la lumière de ce qu’elle est devenue, et ce faisant, il nous montre que la vocation n’est jamais un accident.
Les doudous de 1973 : une attention particulière portée aux objets qui réconfortent, qui sécurisent, qui permettent de tenir. La scène Anonyme 16, en 1978 : quelque chose d’une pudeur, d’une discrétion dans la façon d’observer les autres. Muriel et les moutons pensifs, en 1981 : une capacité à être ailleurs, dans sa tête, tout en restant pleinement présente à ce qui se passe autour.
L’auteur n’explique pas. Il montre. Et c’est au lecteur de faire le lien.
Un portrait par fragments
La méthode du livre est impressionniste. Il ne construit pas un argument, il accumule des impressions. Les chapitres de l’enfance ne préparent pas une thèse sur la vocation dentaire. Ils posent un caractère : une sensibilité aux vulnérabilités, une solidité intérieure, une tendance à choisir le chemin qui demande le plus plutôt que celui qui promet le plus.
C’est ce caractère qui, des dizaines d’années plus tard, aura conduit Laurence à créer un cabinet qui reçoit les patients que les autres refusent. Pas par idéalisme fragile, mais par quelque chose de plus profond : une manière d’être au monde forgée bien avant de prononcer un serment d’Hippocrate.
L’auteur et Laurence : deux trajectoires qui se croisent
L’auteur n’est pas un narrateur neutre. Il est lui-même présent dans le livre, en filigrane. Sa propre histoire, le fauteuil roulant, la vie construite malgré les obstacles, entre en résonance avec celle de Laurence sans jamais l’éclipser. Ce croisement de deux trajectoires donne au livre une profondeur supplémentaire : il ne s’agit pas d’un observateur extérieur qui admire de loin, mais de quelqu’un qui comprend de l’intérieur ce que signifie « parce que c’est possible ».

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