La question paraît saugrenue, et pourtant elle a reçu une réponse au XIXe siècle, dans une petite ville de l’Aisne. Un industriel y a construit pour ses ouvriers un ensemble qu’il a lui-même appelé le Palais social. Il est toujours debout, il se visite, et il laisse songeur.
Godin, le fabricant de poêles
Jean-Baptiste André Godin était ouvrier serrurier avant de devenir l’un des plus grands industriels de son temps, grâce à ses poêles en fonte, que l’on trouve encore dans des milliers de maisons françaises. Lecteur de Fourier et de ses théories sur le phalanstère, il décide en 1859 d’appliquer les idées plutôt que d’en discuter, ce qui reste la manière la plus rare de s’intéresser aux utopies.
Ce qu’il a construit
Des appartements lumineux, avec l’eau courante et des sanitaires à chaque étage, à une époque où la plupart des ouvriers vivaient dans une pièce unique et humide. Trois grandes cours intérieures couvertes de verrières, qui servaient de places publiques protégées de la pluie. Une école gratuite et obligatoire, pour les filles comme pour les garçons, avant même les lois de Jules Ferry. Une crèche, un théâtre, une buanderie-piscine, des économats, des jardins.
Godin alla plus loin encore en transformant son entreprise en Association coopérative du capital et du travail, où les ouvriers devenaient progressivement propriétaires. La coopérative a fonctionné jusqu’en 1968, ce qui, pour une utopie, constitue une longévité remarquable.
Ce que l’on ressent sur place
En entrant dans la cour centrale, sous la verrière, on comprend immédiatement l’intention : donner de la lumière et de la dignité à des gens qui n’en avaient pas. Le musée occupe une partie des appartements, du théâtre et des équipements, et présente aussi les fameux poêles. Des habitants vivent toujours dans les autres ailes, ce qui donne au lieu une vie que peu de monuments conservent.
Une visite qui donne à réfléchir
On ressort du Familistère avec des questions plutôt qu’avec des réponses. Paternalisme ou émancipation ? Utopie généreuse ou contrôle social ? Le débat court depuis un siècle et demi, et la visite ne le tranche pas. Elle a simplement le mérite de le poser, au milieu des briques, avec les balcons qui montent sur quatre étages et cette lumière qui tombe de la verrière.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Deux à trois heures pour les trois pavillons, le théâtre et les jardins. C’est un lieu vaste, et il serait dommage de le traverser au pas de course.
Est-ce intéressant pour des enfants ?
Oui, surtout à partir de huit ou dix ans : les cours couvertes impressionnent, et l’idée d’une école gratuite pour tous leur parle davantage qu’on ne l’imagine.
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