La fable : un chef-d’oeuvre de concision
«Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait / Bien posé sur un coussinet, / Prétendait arriver sans encombre à la ville. / Légère et court vêtue, elle allait à grands pas, / Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, / Cotillon simple et souliers plats.»
En quelques vers, La Fontaine plante le décor. Perrette marche vers la ville, son pot de lait sur la tête. Et dans sa tête, elle rêve. Le lait deviendra de la crème, la crème deviendra du beurre, le beurre permettra d’acheter des oeufs, les oeufs donneront des poulets, les poulets financeront un cochon, le cochon une vache et son veau… Elle sera riche. Et au comble de sa joie anticipée, elle fait un geste enthousiaste. Le pot tombe. Le lait se répand. Les rêves avec.
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Ce que Perrette dit de nous, avec beaucoup de tendresse
La Fontaine écrit cette fable en 1678, dans le septième livre des Fables. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ne condamne pas Perrette. La morale n’est pas «ne rêvez pas», elle est plutôt «rêver est humain, mais attention au geste brusque». Et il ajoute, dans une confidence finale, que lui-même est sujet au même travers : il fait la même chose dans ses propres rêves, s’imaginant conquérant et roi avant de se cogner à quelque chose qui le ramène à la réalité.
C’est ce qui fait la grandeur de La Fontaine : il ne fait pas la leçon, il partage l’expérience. Le rêve n’est pas une faiblesse. C’est une des choses les plus humaines qui soit. Ce qui est périlleux, c’est de confondre le rêve et le plan d’action, le désir et l’acquis, la projection et la réalité. Perrette ne mérite pas d’être moquée. Elle mérite d’être reconnue. Elle est chacun de nous.
La crème brûlée : la consolation parfaite
Il fallait une recette à base de produits laitiers, bien sûr. Et quel meilleur réconfort, après un pot de lait renversé (au propre ou au figuré), qu’une crème brûlée ? Ce dessert français par excellence, délicat, riche, avec sa fine croûte de caramel craquante qui cache une crème onctueuse, est à la fois le symbole du luxe accessible et de la patience récompensée. On prend le temps de faire la crème, de la faire cuire au bain-marie, de la laisser refroidir. Et au dernier moment, le coup de chalumeau transforme le sucre en caramel en quelques secondes. La magie instantanée au bout d’une longue attente.
La recette : 500 ml de crème entière, 6 jaunes d’oeufs, 80g de sucre, une gousse de vanille. On infuse la crème avec la vanille, on bat les jaunes avec le sucre, on mélange, on verse dans des ramequins, on cuit au bain-marie à 150°C pendant 40 minutes. Après refroidissement, on saupoudre de cassonade et on brûle au chalumeau. Servir immédiatement.
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